I. Les particularités des crues de la Loire et son historique

a) Chronologie des différentes crues

Les crues de la Loire ne sont pas toutes les mêmes, elles présentent des particularités différentes que l'on peut répertorier de façon chronologique.

 - A partir du XIXème siècle, différentes crues de la Loire ont eu lieu, comme celle du 6 décembre 1825 d’une hauteur de 6.20 mètres.
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Echelle des crues prise à Tours. Auteur anonyme.

 - Certaines crues ont été très importantes comme la crue du 19 octobre 1846 dont le niveau maximum s’élève à 6.78 mètres dans la région Orléanaise, la Loire n’ayant jamais été autant élevée à cette époque même la crue de 1825 n’avait pas atteint ce niveau malgré tous les sinistrés.
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 Gravure du XIXème siècle : Vue du Val de Loire. Auteur anonyme.
 
 - Par la suite, la crue du 31 mai 1856 est survenue dont le niveau maximum était de 7.1 mètres à Orléans avec 6 000 m3 de débit au bec d'Allier près de Nevers. Cette crue demeure encore de nos jours la crue record et référence pour l’aménagement du territoire, elle a recouvert environ 100 000 hectares et détruit près de 23 kilomètres de digues, par exemple à la Celle sur Loire l’église s’est écroulée.
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Gravure de l'aspect de Cosne sur Loire pendant la crue de 1856 , tirée de l'illustration d'après Félix THORIGNY.

 - A Nevers, un véritable déluge a engendré la crue du 27 septembre 1866 qui a atteint un niveau maximum de 6.92 mètres à la fin d’un été humide.                                        

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     Photo du XXème siècle prise à Nevers. Auteur anonyme.

 Ces trois dernières crues sont des crues à la fois de type cévenole* et océanique*. C’est pour cela que ces crues furent les plus désastreuses. En effet, elles ont conduit à la rupture des levées (Voir II).

   - La crue suivante est du 22 octobre 1872 où la Loire monte à 5.55 mètres à Decize mais la décrue fut très rapide.

  - De violents orages le 9 octobre 1893 ont causé la crue du 10 octobre 1893, son maximum sera de 4.66 mètres mais des précautions seront prises avec la fermeture des portes écluses de la levée de Médine et renforcement. A Cosne, la crue est montée de 60 centimètres sur tous les quais et 50 centimètres sur la route traversant l’île du Pezeau.

  - La crue du 13 mars 1895  a été provoquée par la fonte des neiges des mois précédents. Elle atteint 5.30 mètres à Decize et 4.30 mètres à Nevers.

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  Photo datant du XXème siècle prise à Sully sur Loire. Auteur anonyme.
 

 - Toutes ces crues sont moins importantes que celle du 19 octobre 1907 qui est la crue la plus importante du XXème siècle, elle est équivalente à celle de 1856. Elle atteint 6.20 mètres à Decize et 5.34 mètres à Nevers. 


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Photo du XXème siècle. Auteur anonyme.


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Photo du pont de Nevers au XXème siècle. Auteur anonyme. 

  

 - A la suite de plusieurs pluies torrentielles, est survenue la crue de novembre 1951. Elle atteint 4.79 mètres à Decize et 4.12 mètres à Nevers.

  

 - Par la suite nous avons vécu une crue en décembre 2003 qui est une crue cévenole. Elle atteint 3.70 mètres à Orléans. Celle-ci est ressentie comme "importante" localement mais elle n'est pas exceptionelle.

 

2003.jpgPhoto de la crue de 2003 au pied de la tour Goguin à Nevers. Auteur anonyme.

 


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 Photo de la crue de 2003 à Cosne sur Loire. Auteur anonyme.

 - Enfin, la toute dernière crue date de novembre 2008, elle a été importante pour la Haute-Loire, l’alerte rouge ayant été déclenchée. Son maximum est d’environ 4 mètres à Gien.

  

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 Photo de la crue de 2008 à Cosne sur Loire prise par un auteur anonyme.

 

 

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Photo de la crue de 2008 à Cosne sur Loire. Auteur anonyme.

 


 

b) Les différents types de crues


Crue cévenole : Ce sont les crues les plus brutales. Elles résultent de précipitations orageuses d’origine méditerranéenne qui surviennent en général à l’automne ou plus rarement au printemps sur les Cévennes (Les Cévennes forment une chaîne montagneuse faisant partie du Massif central, à cheval sur les départements français de la Lozère et du Gard, prolongeant au sud les monts du Vivarais situés en Ardèche et en Haute-Loire, et au nord les monts de Lacaune et de l'Espinouse situés en partie dans le département de l'Hérault) et les hauts bassins de la Loire et de l’Allier.
L'épisode cévenol : un phénomène météorologique aux conséquences hydrologiques.

Un épisode cévenol est une situation météorologique durant laquelle soufflent des vents de sud chargés d'humidité en provenance de Méditerranée vers les versants sud du Massif Central (Cévennes). En arrivant sur le continent, l'air chaud rencontre de l'air froid, condition idéale pour que se forment des orages. De plus, en présence de reliefs, l'air chaud est contraint de s'élever en se refroidissant, ce qui aggrave considérablement le phénomène orageux. De fortes quantités d'eau se déversent alors. Par abus de langage, le terme d'épisode cévenol est utilisé pour désigner des épisodes à fortes pluies, généralement localisés, se produisant entre la Catalogne et le Piedmont italien.

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Schéma d'un épisode cévenol

Crue océanique : Ce sont les crues les plus fréquentes. Elles sont provoquées par des fronts pluvieux venant de l’océan qui peuvent s’étendre à l’ensemble du bassin. Ces crues sont d’importances variables suivant l’intensité et la répartition spatiale des précipitations qui affectent plus ou moins les différents sous bassins, notamment le groupe des affluents du cours moyen : le Cher, la Vienne, le Maine.

Il existe également la crue mixte qui est une conjonction d’une crue « cévenole » et d’une crue « océanique » qui peut se traduire par une montée des eaux généralisée sur l’ensemble du bassin. Ce sont les crues les plus redoutables et dangereuses pour la  Loire moyenne. Mais localement nous n’en avons jamais subie.


 c) Conséquences des crues

   1) Etude des dégâts de chaque crue

Pour voir les conséquences des crues, nous allons étudier les différents impacts matériels et humains, ainsi que ceux sur l’environnement des crues vues précédemment. 

 La crue de 1846 a causé de nombreux problèmes. Le maire, Mr Walwein ayant été prévenu de l’arrivée de la crue, a pu mettre en place avec l’aide du général et des ingénieurs des ponts et chaussées, des travaux pour effectuer la surélévation des levées. Une rupture de la levée de la rive droite à Ambroise arriva le 22 octobre, l’eau envahit alors la vallée appelée Varenne qui forma un lac de 16 kilomètres d’Ambroise à Vouvray. Cette crue détruisit la nouvelle gare qui avait été construite quelques mois auparavant, des maisons furent englouties, des arbres déracinés, les terrains ensablés. Mais cette crue détruisit aussi d’autres levées comme en aval de Tours où quelques unes cédèrent et une autre céda à Conneuil en amont de Tours. Une fois la décrue faite, il fallut des semaines et des mois pour réparer les désastres, les maisons, les levées effondrées. Le pont de Nevers fut détruit. 

 - Puis, la crue de 1856 qui est la plus importante de nos jours arriva. Un télégraphe (électrique) annonça cette nouvelle crue qui dépasserait de 60 centimètres celle de 1846. Le maire décida de faire des travaux urgents sur les levées de la Loire et la population fût prévenue. Cependant, la levée de la rive droite à Ambroise fut détruite comme en 1846. De plus, en amont d’Ambroise la levée céda sur 400 mètres rasant des maisons et la gendarmerie. A ce moment, Tours ressemblait à une petite île et les témoins de cette crue rapportent que cette eau emmenait des reptiles comme des vipères, des aspics. D’autres nombreuses levées ont été détruites. Le pont de Fourchambault fut détruit et le pont de Cosne-sur-Loire fut aussi menacé. Quatre mille mètres de levées cédèrent dans la Nièvre.

 - La crue de 1866 ressemble beaucoup aux deux autres survenues précédemment. Le 30 septembre, la levée de Conneuil se rompit une nouvelle fois, par rupture directe due à des infiltrations. A Ambroise, la levée de la rive droite fut détruite comme en 1846 et 1856, ce qui recouvra d’eau la voie de chemin de fer et empêcha donc tout trafic ferroviaire. La plaine fut inondée et les sauvetages se font en barque. 

 - Les crues de 1872, 1893 et 1895 ne sont pas très importantes, ni désastreuses c’est donc pour cela que nous avons très peu d’informations sur les dégâts causés par celles-ci.

 - La crue de 1907 est la plus importante du XXème siècle mais elle n’a détruit aucune levée. Cependant, la fermeture des portes à la confluence de la Nièvre provoque le débordement de cette crue. Pour remédier à ce problème, il faudra attendre l’installation d’une station de pompage. Quelques quartiers à Nevers sont inondés comme le bord de Loire, Jonction, Bagatelle (etc.).

 - La crue de novembre 1951 n’est pas très importante, c’est pour cela que nous n'avons trouvé aucune information sur les dégâts qu’elle a pu produire. 

 - La crue de 2003 est « importante mais pas exceptionnelle ». Cependant, le fleuve dépasse trois kilomètres de largeur, inondant environ 10 000 personnes puisque un habitant de Nevers sur quatre est inondé. Cette crue est la plus forte depuis la mise en service de l’ouvrage de Villerest en 1984. A Nevers, le barrage a permis de réduire la ligne d’eau de 90 centimètres, les effets de ce barrage ont pu être constatés jusqu’à l’aval de Tours.

 - Enfin, la crue de 2008 aurait pu provoquer plus de problèmes, ou de dommages vu qu’elle n’a causé quasiment aucun dégâts.

Si la crue de 1856 devait se reproduire de nos jours, sur les 450 kilomètres séparant Nevers d’Angers, elle causerait 6 milliards d’euros de dommages, 300 000 habitants menacés ou inondés, 13 600 entreprises seraient menacées, 72 000 emplois et 80 000 logements le seraient aussi. De plus, les routes, les équipements et les exploitations agricoles seraient endommagés, mais il faudrait aussi prendre en compte le traumatisme social et le milieu naturel modifié.

    2) Dégâts matériels et humains et impacts sur l’environnement

Les crues font beaucoup de dégâts, entraînant des pertes considérables :

Tout d’abord, il y a les dégâts matériels. En effet, lorsque les crues se produisent, les constructions (habitations, magasins, ponts, bâtiments publics) sont dégradées et parfois même dévastées ainsi que les pylônes électriques.
Au niveau économique, les crues peuvent détruire des biens comme les appareils électriques qui deviennent hors circuit une fois trempés. Les maisons inondées ne facilitent pas la vie des habitants, d’autant plus que le ravitaillement est difficile, les voies de circulation étant impraticables.

Puis, les dégâts humains sont aussi à prendre en compte. Au moment de l’inondation, beaucoup de personnes meurent noyées ou sont frappées par des décombres emportés par le courant. D’autres nombreuses personnes disparaissent sous les eaux. Les personnes victimes de l’inondation quittent leur logement vers d’autres hébergements temporaires. Les personnes restant dans la ville qui logent dans des bâtiments en hauteur subissent un manque de nourriture et d’eau potable. Les voies de circulation étant impraticables, le ravitaillement se fait donc avec des barques. Les blessés, eux, sont évacués vers les hôpitaux par hélicoptère. Vu que le nombre de morts peut être important, il peut y avoir des risques d’épidémie. Ces crues peuvent entraîner des effets psychologiques sur différentes personnes.

Cependant, il existe aussi d’importants impacts sur l’environnement qui modifient le paysage de façon invraisemblable. Les villes sont vides de tout occupant, les monuments ravagés, les bois rasés, les habitations détruites, les récoltes et cultures ne peuvent plus être utilisées.
De plus, les crues peuvent endommager la faune et la flore avec diverses pollutions comme les poissons morts ou les déchets toxiques.

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Photo prise dans la commune de Decize en 2003. Auteur anonyme.

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